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Florence

J'ai roulé avec Florence

Quel bonheur de rouler de nouveau avec mon amie Florence. Voilà bientôt 18 mois, qu’un stupide accident l’avait écarté du vélo et de ses amis du club. J’avais en face de moi une femme encore meurtrie par le combat qu’elle mène tous les jours pour se reconstruire. Elle était, malgré tout, heureuse de retrouver son VTT… Sur des chemins de colline avec la Sainte Victoire et le barrage de Bimont en toile de fond, nous avons roulé et aussi beaucoup parlé.

Florence
Florence et Michel en balade sur les collines aixoises

Les garrigues Provençales avaient une autre odeur.

Alors je lui ai proposé de faire un petit article sur elle, sur sa relation au vélo, sur son accident.

Elle m’a donné son accord et je l’ai interrogée ...

Florence, avant de parler de ton accident, présente-toi et quelle est la place du vélo dans ta vie ?

Je suis au club depuis 2005. J’adore le vélo et notamment le vélo de route qui me permet en partant de chez moi pour 120/150 km de découvrir de nouveaux horizons sans prendre la voiture, contrairement au VTT et à la marche qui sont beaucoup plus restrictifs. Sinon j’ai participé à énormément de choses, mais j’ai eu aussi des interruptions car je ne suis pas bénie des Dieux…

C’est vrai que tu n’ as pas eu beaucoup de chance, entre chutes et ennuis de santé. Malgré cela tu a participé à un monument au le tour de France cyclotourisme ?

Oui… Le tour se déroulait dans le grand Est de la France avec tous les grands cols des Alpes. Nous avions un bagage limité et restreint qui nous obligeait à faire notre lessive tous les soirs. Nous devions également vérifier et entretenir éventuellement le matériel…

3200 km en 21 jours soit 150 km/jour… sans aucun jour de repos, sans masseur et en continuant ton travail d’experte comptable à distance!!!

J’appelais le cabinet tous les soirs pour faire le point. Lorsque l’on veut faire quelque chose, il faut s’en donner les moyens. Je suis de ces gens qui vivent le moment présent… car à tout moment dans la vie, tout peut basculer. Je ne regrette pas cette expérience qui a été très dure mais tellement enrichissante, ça demeure un excellent souvenir.

Je suis admiratif… Mais je crois savoir que tu as commencé le vélo assez tard ?

J’ai toujours fait de l’exercice mais pas de sport ! ... J’allais à la fac à pieds ou à vélo, alors que j’avais le permis de conduire. C’est la rencontre avec Nicolas (son mari est cycliste à l’AVCA) qui a été le déclencheur. Il m’a mise sur un vélo et été un coach formidable. Mon premier aller/retour jusqu’au Tholonet avait été terrible, j’ai mis deux fois pied à terre…

On peut juger ta progression… Avant ton accident tu sortais 3 ou 4 fois dans la semaine ?

Oui, je m’étais aménagé un emploi du temps afin d’assouvir ma passion. J’ai besoin de ça, le vélo me procure les endorphines du bien-être. Je ne sais plus celui qui a dit que c’était la plus belle invention de l’homme. Moi je rajouterais la pilule et la machine à laver le linge !...

On voit à quel point ta relation avec le vélo est très forte, mais que s’est-il passé en mai 2018 ?

À proximité de chez-moi, dans une descente, il y a un petit ralentisseur qui s’arrête à 30 cm du trottoir. J’y suis passée 100 fois, toujours avec mon vélo de ville… Pour une raison inconnue, ou j’ai mal négocié le dos d’âne, ou j’ai touché la pédale contre le trottoir, toujours est-il que je suis tombée en me brisant la jambe contre un poteau. S’en est suivi, une opération de 8 heures pour rassembler tous les petits morceaux d’os… afin d’éviter l’amputation. La scie était en panne plaisante Nicolas ! Une cicatrice de 40 cm cache une grosse barre et ses 13 grands clous… (voir la radio) Sans oublier, une facture à l’avant-bras avec la pose d’une petite plaque…

Florence
La radio de la jambe de Florence impressionnant

Tu me donnes froid dans le dos, tu es passée près de l’amputation ?

Oui, et si j’avais été amputée, je n’aurais pas pu vivre avec une seule jambe… Je pense que j’aurais mis fin à mes jours…

Ne dis pas cela ! ...

Sais-tu Michel, lorsque mon petit-fils âgé d’un an venait me voir sur mon fauteuil roulant et qu’il n’avait pas le droit de sauter sur mes genoux pour ne pas me blesser… je n’existais pas pour lui. J’étais une étrangère. C’était très difficile à vivre. Même si le fauteuil roulant est confortable, c’est quelque chose de sordide. Le déambulateur et/ou les béquilles sont arrivés beaucoup plus tard, je ne pouvais poser le pied et j’avais aussi d’énormes difficultés à cause de mon avant-bras opéré.

Parles-moi de ta rééducation ?

Je l’ai suivie au centre des Feuillades pendant 6 mois (en interne et externe) mais je pense qu’elle était mal adaptée à mon cas. Je faisais les mêmes exercices que les personnes qui avaient reçus une prothèse de hanche ou de genoux. Ils n’ont pas pu éviter ces adhérences très douloureuses et très handicapantes. Et pourtant, je me suis battue… Au début, tu es euphorique, ton cerveau ne veut pas l’admettre, tu es dans le déni, tu refuses de voir la réalité en face et puis au fil des jours, tu comprends que tu ne seras plus comme avant… Parfois tu as le moral dans les chaussettes !

Avec l’aide de ton mari, tu as aussi beaucoup bossé chez toi ?

D’abord sur un home-trainer, Nicolas avait posé un élastique pour remonter la pédale, je ne faisais que des 1/4 de tours. Puis dehors sur un parking avec mon vélo équipé de pédales plates, j’ai recommencé comme une petite fille qui apprend à faire du vélo avec l’aide son père. Nicolas toujours à mes côtés. Puis j’ai fait 20 km, puis 30 km, puis 2 lacets du col d’Allos. Puis après 3 mois de travail, Nicolas voulant gravir la Cayolle, me propose d’en faire un bout. Nous sommes partis ensemble, puis il me laisse en me recommandant de ne pas trop forcer…

Et là c’est Nicolas qui continue la conversation : je lui avais dit que j’allais au sommet et que je redescendrais aussitôt vers elle. À mon grand étonnement, je la retrouve à 3 km du but, je n’aurais jamais pensé qu’elle puisse monter jusque là… et nous avons fini l’ascension ensemble.

Très fier de cette victoire, je lui propose un repas au refuge avant de me rendre compte que j’étais parti sans argent !

Tu as vaincu la Cayolle, alors que tu n’as pas la rotation complète du genoux ?

Ce n’est pas tout à fait ça, la rotation est complète mais ça tourne carré avec des points durs, le chirurgien va débloquer le genou. C’est pour cela que je le revois le 16 janvier afin de caler une date pour une ultime intervention, sans doute pour la fin janvier. Contrairement à une annonce initiale, Il va tout réaliser en une seule fois, retirer toute la quincaillerie, enlever les adhérences et plier le genou en force… en évitant de casser l’os blessé ! ...

Tu t’attends à quelque chose de très douloureux ?

Effectivement, le chirurgien m’a dit qu’après l’opération je devais attaquer immédiatement une rééducation ciblée pour éviter la formation de nouvelles adhérences dans un service spécialisé à Sainte Marguerite. La chair et les muscles vont être chahutés de nouveau, ça va être très douloureux, mais c’est le prix à payer pour espérer récupérer une bonne jambe.

Merci Florence d’avoir accepté cet entretien… Le chirurgien sait très bien que tu as une énorme force morale et physique. Il sait que tu es prête à te battre sachant que tu feras le job comme personne. Une dernière étape avant une belle renaissance.

Florence
Florence sur son VTT en balade sur les collines aixoises

Je te souhaite un rapide retour parmi nous… sur ton vélo de route pour accomplir de nouveau de longues distances.

Le vélo tu l’aimes beaucoup, lorsque tu es malade, tu penses à lui sans arrêt, mais quand tu le reprends, lui, il t’a complètement oublié…

Michel Donjerkovic

Posted in Vie du club

7 Comments

  1. Jean Malfatti
    Jean Malfatti

    Je viens de lire cet article et j’en avais les larmes aux yeux tout comme lorsque nous t’avions rencontrée rue d’Italie il y a quelques mois où tu marchais si difficilement. Tu semblais tellement triste de ne plus pouvoir pédaler …… avec en plus quelques idées noires tellement justifiées. Tu as retrouvé le sourire comme le montre l’article.
    Nous partageons avec Jean ce plaisir retrouvé et pensons à tous les projets que tu vas pouvoir refaire.
    Ton petit fils sera trop fier de toi ! Et nous aussi . Du courage il en fallait et tu es un exemple de pugnacité et de belle volonté. Un grand BRAVO ! et plein de bises de notre part. Christine et Jean

  2. Christian RANGUIS
    Christian RANGUIS

    Coucou, très ému de lire ce joli reportage de Michel.
    Je ne suis pas surpris de te voir déjà sur le vélo car je connais ton parcours, malgré tout les pépins que tu as subit tu es toujours revenue.
    Nous nous voyons tous les étés à Barcelonnette au mois d’août et là, surprise, tu étais déjà sur le vélo.
    Je te félicite pour ton courage, ta pugnacité, ta force de caractère…. chapeau bas, bravo à toi Florence, sans oublier Nicolas. Grosses bises à vous deux.

  3. Jean-Claude LAGACHE
    Jean-Claude LAGACHE

    Quelle joie de te revoir sur le site près de ton vélo, Florence ! Je n’oublie pas la capitaine de route que j’ai accompagnée plusieurs fois sur de grandes randonnées et tout ce que je lui dois. Tu as toujours été une belle personne capable de soutenir ceux qui étaient victimes des coups durs de la vie. En leur parlant beaucoup tu leur faisais oublier, le temps d’une balade, leurs soucis. La roue tourne et la chance aussi. Je souhaite que tu retrouves le soutien que tu apportais aux autres lors de ton prochain retour dans le peloton du CSPA. Tu as toute mon admiration et mon affection. Des bises. Jean-Claude

  4. Claudine PRADOS
    Claudine PRADOS

    René et Claudine

    Après une lecture comme nous venons de faire,quelle belle leçon de courage que tu nous donnes.Nous savons que la prochaine hôpèration sera pénible et difficile à remonter. il faudra encore courage et beaucoup de patience mais nous te connaissons ,tu le feras tout pour pouvoir remonter sur ton vélo.Courage nous serons toujours avec toi .Nous t’envoyons pleins de bisous.

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